Peut-on rire ou à tout le moins sourire, par temps de guerre ?

Oserais-je dire à propos de ce cher monde trop souvent frappé d’hystérie et d’aveuglement ce que mon grand âge m’a permis d’entendre sans sourciller à la fin d’un excellent dîner entre amis ?

C’était une femme qui, approchant l’âge de la retraite tout en conservant, il est vrai, bien des traits de sa jeunesse, déclara sans ambages : « eh bien moi, je n’aimerais pas qu’on n’eût plus envie de me mettre la main aux fesses ! »

Cette pensée fut débattue. Dans un monde où les fantasmes ont vite fait de rejoindre les passages à l’acte, la violence d’une caresse serait-elle, comme on le martelait en effet dans les milieux bien-pensants, la marque définitive de l’esclavage féminin ? Les femmes de notre joyeuse compagnie s’étant mises à soutenir la candidate aux effleurements, les hommes se réjouirent tout en s’inquiétant. Ils avaient l’air, à 60 ans, de ces femmes qui, à 40, se croient vieilles et commencent à rêver de virginité.

Je m’attelai dès le lendemain à démêler cette sombre affaire. Je me dis d’abord : « le désenchantement du monde aurait-il sonné le rappel des religions du Salut ? Car fallait-il en effet punir les fesses et les mains baladeuses pour en finir une bonne fois avec « la domination masculine » ? Etait-ce vraiment par là qu’il fallait commencer ? C’est que je voyais pointer le retour des radicalismes et autres intégrismes pénitentiels. Les vieux démons de la « pureté » allaient-ils reprendre du poil de la bête ? Car enfin, le dérapage de quelques malappris – ce bon vieux mot qui mérite qu’on le sorte des placards scolaires – valait-il qu’on assimilât tous les hommes à ces obsédés de la fesse qu’avaient trop souvent été quelques tyrans – nationaux ou domestiques, voire de chastes prélats ? Car oui ! n’était-ce pas, d’un coup, toute la tristesse du monde – contre laquelle s’était levée notre joyeuse camarade – qui revenait encore une fois menacer la vie au nom même de la vie ? Quant à la répression du mâle (puisque c’était le mot) identifié au Mal – et tout particulièrement du Mâle blanc – était-il si simple de la justifier par le fait que l’esclavage et la colonisation avaient été historiquement menés, comme d’ailleurs la guerre, par des hommes ?

Voilà donc, me dis-je, une pensée syncrétique, ou je ne m’y connais pas ! J’avais beau chercher, mes ancêtres paysans étaient sagement demeurés sur leurs terres et, quant à moi, je n’avais jamais levé la main sur une femme, fût-ce en rêve. Etais-je donc véritablement un mâle, tout blanc que je fusse par ailleurs ? Mais certes, dans ma jeunesse, j’avais « couru après les filles », expression consacrée qui dit bien ce qu’elle veut dire : que les femmes en effet sont appelées à « se sauver » devant l’insistance de ces garnements qui, à défaut de se prendre pour Tarzan, s’autorisent tout de même à exhiber quelque chose de leur désir. Mais cela me rappelait de bien plus tristes souvenirs. C’était, à l’âge des frasques que je viens d’évoquer, les célèbres « missions » que lançait la Sainte Eglise pour le rachat des pécheurs. Les morales instituées, voire politisées – sous Vichy – n’y allaient pas par quatre chemins : bon grain d’un côté, ivraie de l’autre. Ces raccourcis me rappelaient les fascinations totalitaires qui avaient fini par plonger le monde dans la guerre et ses atrocités. Ainsi, plutôt que d’en rire, la condamnation ex-cathédra du « mâle blanc » me ramenait-elle à un passé de désolation. Etrange retour par ces temps redevenus moralisateurs où la dénonciation des Juifs, des Arabes et des Blancs dominateurs se justifie d’une clairvoyance retrouvée.

Quand une pensée collective se met à désigner d’autorité une catégorie de coupables, quel psychanalyste ne se demanderait pas si les accusations portées sur « les autres » ne servent pas d’abord à protéger les accusateurs d’un mal qui les ronge ? Il fallait bien qu’à travers les Mâles, ce fut en effet la sexualité dont, sans le dire, on rouvrait le procès. Car la sexualité portait en elle, non seulement la question des différences identitaires mais, comme l’économie elle-même, celle de sa puissance et de l’usage qu’on en fait. N’était-elle pas devenue l’objet imaginaire d’une liberté plus ou moins dévergondée : fruit défendu, figure géométrique des positions académiques ou anarcho-fascisantes, bombe ou, à tout le moins, grenade plus ou moins familiale, et enfin machine à fabriquer Dieu dans la fange originelle…

Quand, dans un tel micmac, les vierges de service ne pensent plus qu’à la maternité, fallait-il encore que les mâles s’avouent conquistadors à l’assaut des bons et doux sauvages ?

Cette bande dessinée disait, selon moi, une vérité difficile. Elle mettait en images la pulsion agressive là où précisément cette pulsion joue à se cacher : dans l’amour, fût-ce le plus grand et y compris dans les relations homosexuelles1 et même maternelles. Sale temps pour les artistes ! Sans doute, s’en tenant à la brutalité qui en reste la version réputée bestiale, oublie-t-on un peu vite que la violence et la vie (racine indo-européenne « vi ») sont intimement associées. A telle enseigne que cette donnée à laquelle n’échappe pas l’homme – si « animal supérieur » soit-il – justifie spécifiquement l’éducation en tant précisément qu’elle vise à faire de cette association une force maîtrisée.

Enfin donc, et pour enfoncer un peu plus le clou freudien, ne fallait-il pas se convaincre qu’après la fameuse – et il est vrai parfois malheureuse – Révolution sexuelle, un processus de refoulement plus ou moins collectif était en marche. Il s’en prenait aux pulsions agressives – supposées exclusivement masculines – pour en finir une bonne fois avec « le divin plaisir » et ses accointances douteuses avec la violence. Ainsi, d’une certaine façon, le procès de la sexualité dénonçait le pire pour attaquer le meilleur ! Ou comment l’angélisme reprend ses droits sur cette pauvre humanité faite de pièces et de morceaux. Ou encore, comment substituer le Saint Esprit de la French-théory (d’ailleurs revisitée) à la malice d’un être humain à la fois composite et tendancieux ?

J’en étais là. Fallait-il donc en revenir au Péché originel par ces temps où la Nature et l’Animal menacés nous arrachaient des larmes ? Et quant aux femmes qui avaient repris leur clitoris en main, fallait-il cependant les condamner à se remettre au vieux travail de l’innocence, fût-ce en se retirant de la « foire aux hommes » ? Après tout, les pauvres victimes de la violence avérée n’en montraient-elles pas le chemin ?

Ainsi donc, comment redire, après tant d’heureux rapprochements entre les hommes et les femmes, que les combats de la séduction, cette sorte de chasse, intéressaient tous les sexes qu’on voudra, sans que, pour autant, l’homme qui est un « loup pour l’homme », fût, en tant que mâle, le premier et le seul amateur de « gibier ». La vie humaine, comme toute vie, n’est-elle pas un jeu avec son destin ambigu ? Aussi bien, la « petite mort » dans la jouissance amoureuse, n’est-elle pas au mieux, la victoire symbolique partagée d’une prise sur la vie et qui ne tue personne ?

Mais, arrivé là, je me suis dit qu’en effet, cet art de l’amour appelé aussi « érotique » restait une marche vertigineuse au-dessus de ce qui, par-delà les plaisirs, petits et grands, relève, qu’on le veuille ou non, de ce qui reste « l’angoisse humaine ». « Faire l’amour » est aussi, comme la séduction elle-même, un jeu de capture qui vise la réciprocité et ne trouve assurément sa légitimité au bout du compte que dans le partage. Ou bien c’est une violence dont rien ne dit d’ailleurs que la femme en soit la victime exclusive. Car bien des viols échappent jusqu’à la conscience dans le désordre relationnel parfois le plus banal. Et n’est-ce pas en effet comme la tristesse d’un monde où l’on évite de penser que les machines à faire de l’argent exercent aussi sur les personnes la violence dominatrice anonyme d’une fausse libération ?

J’en arrivais là : la plus grande et la plus insidieuse des dominations – la plus exemplaire aussi – ne se cachait-elle pas derrière son ombre ? Le mâle franco-américain n’avait-il pas bon dos ? Ne servait-il pas à dissimuler l’empire d’une économie dévorante et son idéologie passe-partout ? Un train peut en cacher un autre. Quant à la grossièreté des hommes et l’attachement des femmes aux stigmates de la force, ne procèdent-elles pas le plus souvent d’une même misère en forme d’aliénation ? Une lutte politique contre les misères sociales devrait commencer à l’école, si nous acceptions véritablement que la scolarité soit d’abord éducative comme d’ailleurs elle le proclame. Car le Monde, fût-il approché sous l’angle de la production économique, doit d’abord être appréhendé comme une relation entre des personnes, puisque nous sommes en République.

Je me souvenais aussi : sous les bombes, autrefois, par temps de guerre, il fallait bien tenter de vivre. Les hommes et les femmes étant ce qu’ils étaient, il arrivait que l’amour fût plus fort que la violence du monde et que ses modestes enchantements nous rendent, non seulement nos corps, mais nos âmes.2 Ainsi donc fallait-il ré enchanter ce monde plutôt que de le jeter avec l’eau du bain, bébé mal aimé ; se souvenir que les corps humains sont appelés à l’aide, quand précisément les esprits se perdent dans les idées-choses de la grande machine à penser.

Ainsi, tout vieil homme que je fusse et aimé d’une femme que j’aimais, la joie de vivre me semblait aussi importante que le pain dont j’avais manqué à l’époque. L’attirante beauté des femmes comme celle des hommes illumine le monde et elle échappe plus d’une fois à certains de ses codes comme à son exploitation trop souvent éhontée.

Et quant à la violence des hommes et des femmes (car les formes de ces violences, si différentes soient-elles, renvoient aussi bien à une domination subie), il serait assez naïf de croire que les lois et les règlements en viendront à bout. Elles ne diminueront significativement que si la culture dont nous nous réclamons cesse elle-même de nourrir la violence en l’instituant comme une force de la vie tant sociale que professionnelle. A la violence des maîtres répond en effet celle des esclaves.3 Ce jeu voulu par la grande machine à la fois moralisante et destructrice de l’attention à l’autre par la fascination des choses et des exploits4 doit être dénoncée. Les violences des riches comme celles des pauvres se répondent. Elles relèvent d’une perversion sociale connue (en tous cas par les sages de tous les temps) et la plupart du temps acceptée. La suffisance des dénonciations théoriques et leur arrogance font partie de cette violence contre-productive ; s’il s’agit véritablement de défendre le bonheur, il serait grand temps de rechercher les chemins calmes au milieu du bruit et de la fureur de celles et ceux qui vendent leur vérité au prix du mal qu’ils dénoncent.

Et je pensais à la Psychanalyse à la fois si omniprésente et déniée dans un monde qui préfère les morceaux de la mise en pièces à la tentative de cohérence d’une pensée. Elle n’est qu’une vérité qui se cherche et cependant elle a aussi tendance à confondre ses hypothèses avec des certitudes. La violence ne l’épargne pas. Toute science, ou présumée telle, ne tombe-t-elle pas à son tour dans tel ou tel piège de l’inconscient, fût-il paré de chiffres ? Reste le cheminement de la recherche semblable à une vie. Une politique gagnerait tout autant à donner l’exemple d’une démarche en quête. Elle se fixerait l’objectif moins minimaliste que celui qui consiste à s’occuper des effets sans soigner les causes. Les pouvoirs symboliques, comme ceux de la pensée, ne devraient-ils pas tout aussi bien s’interroger sur les forces qui les produisent ? Et ainsi, l’amour de la Nature, aujourd’hui à la mode, n’est-il pas une simple consolation comme cela arrive à l’Amour ? Ne risque-t-il pas d’être emporté par la violence des appropriations ? Et quant à la sexualité elle-même, qu’on lui demande trop ou pas assez, le danger qu’on lui fait courir n’est-il pas le même ? Le Monde a besoin aussi de nous échapper pour que, remis à sa juste place, il nous inspire plus de tendresse que sa capture. Et aussi bien les femmes vis-à-vis des hommes que l’inverse, et les femmes entre elles et les hommes entre eux.

Quant aux fesses de notre amie, elles brilleront, pensais-je, comme le font au soleil les pierres de Lune.

C’était encore une fois mon âge poétique qui parlait. Je m’étais rapproché des arbres. Ils me faisaient rire dans ma barbe et je les caressais. Ah ! les caresses. Sourions avec les feuilles. Les murmures de l’amour ont-ils eu raison de ma violence ?

Jean-Pierre Bigeault,
1er octobre 2021

1 On lira sur ce sujet mal connu le livre de Carmen Maria Machado : La maison rêvée, Christine Bourgeois, 2021.
2 On pourrait lire sur ce point le beau texte de Simenon intitulé « Le train » in Georges Simenon, Romans, Tome II, La Pléiade.
3 Qui a approché – en tant qu’éducateur ou thérapeute – les femmes battues, en a fait la douloureuse expérience.
4 Le culte de la force, tel qu’il fut à la fête inaugurale du nazisme par la démonstration physique des athlètes comme des armées fascina une foule en détresse.

ET MOURIR

A paraître le 18 juin 2021
1 mai 2021

 

Il nous arrive de regarder notre vie d’un bout à l’autre, comme un paysage dont nous saisirions l’immensité d’un seul mot. Mais quel chemin entre soi et le monde, quand le mot dit et redit se perd à son tour dans l’étendue ? Ne faut-il pas approcher la mort, en s’avançant chaque jour, jusqu’à elle, comme nous irions au devant de la mer ?

L'Harmattan - Poètes des cinq continents - 2021

AIMER

1 mai 2021

S’il fallait dire un dernier mot de l’Amour en le retraversant comme un pays, à la fois dans son « confinement » et son ouverture, quelle poésie appelée à l’aide viendrait au secours de notre cœur ? Car, comme le dit Rilke, « tout ange est d’angoisse ». L’amour, « bande de terre féconde entre le fleuve et le roc » n’est accessible au voyageur que s’il s’élance et se retient à la fois, aventurier d’un monde intérieur sans forme définitive et pourtant inscrit dans l’histoire, la géographie et le mystère de toute vie. Cela tourne avec le voyageur comme la Terre elle-même, manège d’amour au paradis de quelle enfance ?

L'Harmattan - Poètes des cinq continents - 2021

Inceste et Pouvoir

L’Inceste est une maladie du Pouvoir. Il traverse la famille et tous les lieux où s’exerce « l’appropriation de l’autre » au nom d’une autorité qui n’a pas toujours besoin de la violence pour s’imposer. Qu’il soit poursuivi par la Justice depuis plus longtemps que ne le donne à penser le bruit du moment n’empêche pas de resituer le crime par rapport à d’autres abus qui font de la sexualité l’instrument d’un esclavage qui ne dit pas son nom.

Réduite en son temps à l’intimité, ou déplacée sur des services plus ou moins discrets, la sexualité n’a longtemps servi la cause du pouvoir qu’en se dissimulant derrière des masques plus ou moins transparents. Puis elle s’est « libérée ». Elle a même vu bon nombre d’intellectuels saluer en Sade l’apôtre d’une libération qui aura notamment permis de faire passer la pédophilie pour la supposée juste satisfaction d’un besoin, voire d’un désir, de l’enfant ou de l’adolescent1. Cette perversion pseudo-révolutionnaire aura permis d’escamoter plus largement la question de l’abus de pouvoir, quand celui-ci est exercé par une élite auto proclamée protectrice de l’Homme et de ses droits. Que certes le Royaume de Danemark soit pourri depuis au moins Shakespeare n’est pas une découverte ! Que le pouvoir politique ne se suffise pas à lui-même et s’offre les bénéfices de la débauche ou de la corruption, cela se sait depuis toujours. L’histoire même de la Sainte Eglise et de bien d’autres institutions reste édifiante sur ce sujet.

Mais aujourd’hui, non seulement les victimes se sentent de moins en moins coupables, mais elles comprennent que le mal est une réalité irréductible à la supposée pathologie des agresseurs. Il est bel et bien lié au fond commun de haine qui fait de l’homme « un loup pour l’homme ». S’il est certes naïf que, dans son combat, le féminisme actuel pense que la suprématie du mâle – de préférence blanc – se trouve être la seule menace en matière de « respect de l’autre », il n’en reste pas moins essentiel de resituer la question du pouvoir par rapport aux pulsions notamment sexuelles qu’il met en jeu.

Disons-le donc : dans une démocratie, la toute-puissance du Roi et la mise en scène de son phallus semblent s’effacer derrière les arrangements électoraux et les figures médiatisées de la représentation nationale. Il n’en reste pas moins que « l’élite », bel et bien élue d’une manière ou d’une autre, s’attache au pouvoir pour en jouir. Cette vérité doit être regardée en face. Le pouvoir politique lui-même devient vite incestueux, si tant est qu’il ne le soit pas dès l’origine. Il s’éclaire aujourd’hui – après Freud – d’une compréhension de la sexualité en tant qu’elle dépasse le comportement érotique stricto sensu et structure aussi bien les relations de la personne avec elle-même qu’avec les autres. Sous cet aspect, on peut dire que le scandale de « La familia grande »2 touche la construction même du pouvoir politique. Après Dominique Stauss-Kahn, l’économiste tant attendu, une « famille » politique parée des flambeaux de l’intelligence et de l’altruisme apparaît, non pas seulement dans sa nudité, mais dans son costume de faux-semblants. On peut ajouter qu’une complicité « objective »3 lie entre eux des hommes de pouvoir que rapprochent – par-delà l’arrivisme lui-même – non seulement leur aspiration à faire partie des meilleurs (les plus forts), mais le pieux désir d’oeuvrer pour la Justice et le Bien Public.

Or certainement le peuple rêve aujourd’hui d’une élite plus crédible. Le « touche-pipi » et le partage des dépouilles de l’innocence violée le conduisent à espérer dans un pouvoir supposé d’une seule pièce : un chef dur mais fort, supposé délivré des régressions infantiles. Illusion coûteuse, comme l’on sait !

On ferait mieux de refonder la démocratie – pendant qu’il en est temps – sur la conscience qu’elle exige de ceux qui en assument directement ou indirectement la charge. Car il est clair que l’exercice du pouvoir demande encore davantage que de l’intelligence et de l’habileté. La maturité d’une conscience éclairée sur elle-même est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Elle procède d’une « connaissance de soi » qui ne s’apprend ni dans les « grandes écoles », ni même dans les réussites d’une carrière préalable. Qu’elle soit politique ou non, cette sagesse – déjà réclamée au temps de la Grèce antique – implique aujourd’hui que le désir d’exercer le pouvoir soit l’objet non seulement d’un contrôle institutionnel, mais d’un contrôle personnel. Il revient en effet à ceux qui désirent le pouvoir de mettre ce désir à l’épreuve de leur lucidité, laquelle n’est donnée, on le sait, ni par la Morale, ni par la Justice. Les chefs, comme les pères, voire les derniers prêtres, ne peuvent s’abriter de leur psyché en se réfugiant dans la technicité du pouvoir. Leur situation sollicite en eux des fantasmes qui leur font revivre le temps où ils se prenaient pour des dieux. Que ces nouveaux rois n’ont-ils un « fou » (plutôt qu’un conseiller à leur ressemblance) pour leur ouvrir les yeux ?

Jean-Pierre Bigeault,
30 janvier 2021

1 Cf. l’affaire Matzneff et le milieu qui l’a soutenue.
2 Cf. Camille Kouchner, Ed. Du Seuil.
3 Cf. in Le Monde du 27 janvier 2021 par Ariane Chemin : « Affaire Duhamel : Jean VEIL, l’ami avocat qui savait tout. »

BONNE ANNEE

Et si Covid-19 avait aussi bon dos ? Si le monde se complaisait à se voir dans le miroir de sa maladie ? Après la peur du Péché, figure du Mal, celle de la Mort ! Cette mort, à la fois déniée tous les jours et si obsessionnellement présente que la Santé dite publique justifie aujourd’hui qu’on lui consacre directement et indirectement des milliards jusque-là introuvables ! L’Education comme la Défense nationale n’auront jamais mérité autant d’efforts ! Et quant au coût de l’opération en termes de libertés (individuelles et collectives), sans compter les effets médico-psychologiques et sociaux de leurs restrictions, qui oserait s’en inquiéter dans un monde qui ne demande qu’à « survivre » à n’importe quel prix ?

Et si le prix, c’était l’asservissement de l’Homme au profit de tyrans discrets qui, pour avoir changé de formes, n’en restent pas moins les figures faustiennes qui nous promettent le paradis sur terre ! Une religion – qu’on l’appelle Consommation (y compris au sens pharmaco-économique) ou « avènement de l’homme augmenté » – offre son opium quotidien et collectif en lieu et place des promesses offertes par les églises en mal d’inspiration. L’Occident chrétien et ses émules y perdent leur identité, comme en son sein autrefois, la Grèce et la Rome antique. Ces leçons de l’histoire et les réflexions des vieux sages en la matière sont oubliées, voire déniées, comme si c’était le passé qui infectait le présent de ses maladies. L’urgence d’un nouveau « salut » par l’innocence retrouvée invoque aujourd’hui la Nature, figure en effet de la victime abusée. Les glapissements de l’écologie feraient sourire, s’ils n’exprimaient pas à raison ce que le Progrès véhicule aussi bien lui-même de menaces de mort. Décidément la Mort, sortie à toute force par la porte, rentre par la fenêtre ! Car la Nature, rappelée à grand bruit, n’est pas qu’une collection de gaz à remettre en ordre. Sa pureté chantée par les romantiques (et les Nazis !) et assimilées par ses dévots post-modernes à quelque grâce originaire n’est-elle pas aussi pour partie un leurre ? Sous l’obsession du « retour à la vie », n’est-ce pas le déni de la mort qui reste à l’œuvre ? Car, que serait précisément la Nature sans la Mort qui conditionne son élan voire sa créativité ? Que le rejet de la mort s’allie, sous le prétexte d’un « droit à l’éternité » à un rejet du renouveau – et donc de la jeunesse – devrait alerter tous ceux qui ne font des enfants que pour se survivre à eux-mêmes. Il serait temps que le « moi humain » accepte son animalité et la loi qu’à cet égard lui impose la Nature. Il en sortirait plus grandi qu’en se voulant Dieu contre la vie elle-même, n’en déplaise aux nouveaux génies du surnaturel ! Bien des « philosophes » aussi inconnus que peu diplômés quittent la vie modestement. Et s’ils ne sont ni des héros ni des saints, ni même des « savants », peut-être n’en sont-ils que plus grands. Pouvons-nous regarder la Mort comme en toute Vie sa force ? Et sans attendre la guerre qui sanctionne, dirait-on, le déni de réalité dont notre humanité se punit régulièrement par le suicide.

Donner à la Mort le sens positif de l’effacement, comme d’ailleurs celui de l’artiste lui-même derrière son œuvre, si elle vise plus loin que le succès, serait une victoire aussi intime que sociale par ces temps de narcissisme à tout va.

Faisons ce vœu ! Et BONNE ANNEE à tous en préparant des jours meilleurs.

Poète, prends ton luth et ta lutte !

Jean-Pierre Bigeault,
3 janvier 2021

« C’est pour ton bien »

La peur de la Mort est donc devenue – comme celle, autrefois, de la damnation – un objet parfaitement concret et utilisable par les pouvoirs, si laïques et démocratiques soient-ils par ailleurs. Une religion profane de la Santé s’est imposée peu à peu à des peuples bercés par les progrès de la Science et le développement exponentiel de l’industrie pharmaceutique. Le Bien du « bien portant » a fini par récupérer ce que le Bien – au sens moral – portait en lui d’idéal. Le « niveau de vie » intégrant aujourd’hui le « niveau de santé », la guerre contre la mort relève donc d’une action politique de protection, appelée sociale sinon universelle. Ce progrès n’est pas sans risque. La Santé dite publique peut devenir un levier du Pouvoir tout aussi important et dangereux que le fut en son temps et, au nom de la morale, celui de l’Église. Un Sauveur peut toujours décider de restreindre les libertés au bénéfice d’une Santé publique devenue – comme peut l’être aussi bien l’Économie – le Bien supérieur d’un peuple.

La République n’est pas une assurance vie contre la mort. Elle ne peut contribuer à remettre la mort à sa place qu’en contribuant à déplacer l’objectif de la vie « à tout prix » vers celui d’une vie juste, laquelle ne fait pas seulement appel à la loi, mais à la responsabilité des citoyens comme bien sûr à celle de l’Etat. La peur de la Mort soutient la déresponsabilisation de l’homme, son infantilisation au service d’un pouvoir qui le mystifie.

Les marchands de santé1 gagnent trop d’argent pour que la vertu économique du salut dont il est ici question, n’en montre pas du doigt la construction perverse. Un certain clergé fut en son temps le profiteur d’une misère savamment justifiée. Les Princes ont besoin d’une Eglise, fût-elle savante, pour asseoir leur légitimité temporelle. Et la mort est une affaire qui marche. Comment ramener sa menace aux justes proportions d’une exigence qui appartient à la vie ? Comment dépasser l’idée que nous serions, par le fait d’une élection étrangement concentrée de notre moi, le tout d’un Dieu non-dit et soigneusement superposable à notre identité, fût-ce par temps d’athéisme ? Qu’il faille se sauver en consentant à s’échapper pourrait être le mot d’une théorie modeste et qui, sans qu’elle soit dite, aura sans doute été plus d’une fois, celle des héros les plus authentiques.

Jean-Pierre Bigeault,
26 décembre 2020

1 On aura compris qu’il ne s’agit pas de ceux – praticiens de la médecine ou chercheurs – qui ne sont pas côtés en Bourse.

Malaise

Quelle révolte rampante s’exprime sous la forme du doute – voire plus violemment – alors que le nouveau confinement bénéficie d’un amoncellement de justifications sous la forme de chiffres et de discours supposés mobilisateurs ?

Ne pourrait-on penser que le seul horizon proposé en termes de « malades, mourants, morts », ne fait que développer l’angoisse ? Imagine-t-on en effet qu’on puisse conduire une vraie guerre en informant jour après jour les combattants du nombre de pertes ?

Or, cette démarche, directement conduite par le « Comité scientifique », n’appelle-t-elle pas elle-même bien des réserves ? Dans son principe, le Politique – quand bien même il doit prendre en compte la situation de la Santé publique – n’est-il pas le seul habilité, tant symboliquement que pratiquement à prendre des décisions sur un sujet irréductible à sa seule dimension médicale ? Cet « abandon » du Pouvoir représentatif, déjà lui-même remis en cause à bien d’autres titres, ne saurait rassurer ; et cela d’autant moins que sa nature technocratique de plus en plus évidente entretient le sentiment qu’il a perdu le contact avec bien des réalités.

A travers ces évolutions, une véritable crise idéologique gagne peu à peu la France et elle est sans doute plus grave, à terme, que l’épidémie en cours. Tout se passe en effet comme si, dans l’incertitude où se trouve la Science elle-même, sa place au niveau décisionnaire relevait en effet d’un « appel » d’une autre nature. La Santé, présentée ainsi vis-à-vis des autres réalités comme une sorte de bien absolu devient une valeur suprême. Elle justifie en particulier la suspension de plusieurs libertés essentielles, ou à tout le moins leur limitation (l’Egalité et la Fraternité n’étant d’ailleurs même plus à l’ordre du jour), sans parler de la mise en danger socio-économique et évidemment psychologique de bien des citoyens. Certes, cette quasi « religion » qui ne dit pas son nom, met le corps et sa survie là où l’on a longtemps mis l’âme, le salut de l’un comme de l’autre exigeant des sacrifices. A travers ces bienveillants projets, on ne peut pas ne pas s’interroger sur la nature des sentiments qui animent les nouveaux « sauveurs » du Peuple. Comment en effet, non seulement oublier ce contre quoi la Révolution française s’est en son temps levée, ou, plus près de nous, la « mission » que s’octroya le gouvernement de Vichy ? Sauver les gens contre eux-mêmes, fût-ce en les conviant à se soumettre à la loi de l’ennemi pour sauver, et leur peau et leur âme, fut payé au prix que l’on sait : bien des peaux trouées de balles et combien d’  « âmes » soumises à la Peur, y laissant pour longtemps cette confiance en soi à défaut de laquelle la passivité redevient vite soumission.

Aujourd’hui, combien aurons-nous de « morts » causées par le vrai virus qu’est la Peur organisée par le pouvoir en place ? Une tranche significative de la population – parmi les jeunes et quelques très vieux (comme moi) – se pose la question. Face à une élite aussi arrogante qu’ignorante de la « vraie vie », un peuple infantilisé ne réclame une protection quasi parentale qu’en méprisant ceux qui l’y poussent. La République en est atteinte. On sent confusément, voire de plus en plus clairement, que la réduction médico-politique du « survivre à tout prix » est un arrangement avec la vraie Défaite, telle que celle que prépara en son temps les tristement célèbres « Accords de Munich ».

On n’échappe pas à la guerre – la vraie – en ne voulant pas la voir, ni même en la déplaçant sur des ennemis qui ne sont pas hélas, les plus dangereux (et dont d’ailleurs on n’a jamais pris les mesures hospitalières préventives nécessaires à leur traitement). Une République toujours fragile, telle qu’on l’a vue il y a 80 ans, devrait encore une fois se mobiliser vis-à-vis de ce qui menace ses vraies valeurs. Les rêves de « bonne santé plus ou moins éternelle – constituent, avec ceux de la Consommation réparatrice le nouvel « opium du peuple », d’une culture et d’une société menacées de bien des côtés à la fois.

En d’autres termes, on peut penser que le doute – et la colère – qui s’emparent des Français vis-à-vis du traitement médico-politique de l’épidémie viennent d’un malaise à la fois plus vaste et plus profond que celui qu’on s’efforce de réduire à « l’espérance de vie », sauf à entendre celle-ci dans son acception la plus large. Avoir confiance dans ses propres forces – y compris dans celles d’un Pouvoir représentatif – est autre chose qu’obéir à des règles. Les combattants ne mobilisent leur courage que s’ils croient à la cause qu’ils défendent et à l’engagement de leurs chefs. La gestion technocratique des incidents comme des accidents d’un parcours républicain, non seulement ne crée pas la force qu’il requiert, mais elle la réduit. De ce point de vue, le mépris, hélas très médical ! des conditions psychologiques de la lutte contre la vraie maladie, ne fait qu’entériner l’étroitesse de vue et la faiblesse de trop de nos responsables politiques.

Jean-Pierre Bigeault
3 novembre 2020

Couvre-feu

Pauvre France !

Mourir pour la liberté, cela s’est vu, voire être blessé à vie. Des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes, soldats de la République, résistants, civils, ont été sacrifiés pour que non seulement nous survivions physiquement, mais moralement aux agressions du dehors (l’Allemagne) et du dedans (Vichy). Cette histoire – que nous enterrons sous les manifestations convenues que l’on sait – est-elle donc sortie de notre mémoire ? Et ne serait-il pas temps de méditer ce que disait Goethe en son temps : « ce que tes parents t’ont légué, conquiers-le ! »

Or voilà bien qu’aujourd’hui la vie vaut plus que la liberté.

Voilà qu’un virus justifie que l’Etat (et ses technocrates) – sinon la République – remette en cause la liberté des citoyens (qu’il se plaît d’ailleurs à apeurer) pour sauver leur peau aux dépens de leur cœur et de leur âme. Le même Etat, érigé en Protecteur tous azimuts, fait pleuvoir des indemnités d’ailleurs insuffisantes pour parer aux effets économiques de la crise. Et comme cela en effet ne saurait suffire à recréer les conditions du fameux « vivre ensemble » (évidemment mis à mal par l’épidémie) il ne manque pas de faire appel à un moralisme vieux comme Vichy sinon davantage. Une pseudo éducation du peuple par la peur ne passe-t-elle pas par la bonne et vieille culpabilisation, cet opium du peuple ?

Ainsi le supposé consensus populaire sur la Santé publique et l’Etat protecteur est-il pour une large part le produit d’une politique qui développe l’asservissement plutôt que le courage.

Le courage est en effet le signe d’une vie qui se soutient d’un idéal.

A défaut de savoir traiter le virus – et accessoirement d’y mettre les moyens techniques en restaurant l’hôpital détruit par l’Etat lui-même – celui-ci caresse le Peuple dans le sens du poil (qui est celui de la Peur orchestrée à plaisir) plutôt qu’en l’aidant à se mobiliser courageusement non seulement pour sa survie physique et matérielle mais pour son honneur (égalité, fraternité) et pour sa liberté.

On en vient à penser que le gouvernement de ce pays n’a aucune vision de la République et des véritables dangers qui la menacent et qui menacent le peuple tout entier. Il apparaît comme le petit et mauvais gestionnaire d’une entreprise (économique mais pas seulement) en perte de vitesse, sinon en faillite. Le véritable « salut public » relève à cet égard de bien autre chose que d’un « couvre-feu » qui plonge en effet le Peuple dans l’ombre et, avec lui, la Nation.

Quant aux médias – relais trop souvent de cette politique hygièno-sécuritaire – ils courent eux-mêmes après les suffrages en collant à l’évènement sans prendre cette distance critique dont s’honorait en son temps le fameux Sirius, journaliste d’un de nos plus grands quotidiens.

L’évènement, comme le virus lui-même, fascine. Il entretient à plaisir une fascination collective qui, sans craindre le ridicule, se justifie elle-même par le recours officiel à une Science …qui ne sait rien ou pas grand-chose.

Ainsi donc le couvre-feu dit bien son nom. Il dit au citoyen : « Rentre chez toi et éteins la lumière ! ». Ce qui veut dire : « Laisse tomber cette société dangereuse et arrête-toi de penser ! ». Le feu qu’il s’agit de couvrir n’est pas celui de l’épidémie. C’est celui de la vie (d’ailleurs représentée ici par les loisirs, le fameux « otium » de nos ancêtres latins). Cette vie en tant qu’elle brûle en effet non seulement dans le corps de l’homme mais dans son rêve. Faut-il le redire ? la République est un rêve. La rationalité (d’ailleurs bien approximative) de nos « gestionnaires » ne sert que des intérêts (au sens le plus restrictif du mot) et non le bonheur du Peuple. Sans l’inspiration d’une foi (laïque) en ses valeurs et leur mise en pratique (dès l’Ecole Républicaine), son pouvoir décrédibilisé passera aux mains d’une dictature qui dira son nom. Une « patrie » – osons le mot ! – « en danger » mérite mieux que des apprentis sorciers diplômés qui ne couvrent le feu que parce qu’eux-mêmes en ont peur. Et en effet les passions d’un peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer ont un pouvoir incendiaire qu’on ne saurait sous-estimer.

PS – Se battre contre l’ennemi invisible et apolitique qu’est le Covid-19 pourrait bel et bien se présenter comme un « front de diversion ». A l’heure où l’on décapite un professeur de collège comme à celle où l’on condamne « les petits et les sans grades » d’une société injuste, la « guerre » lancée au nom de la santé publique fait oublier le pire : la barbarie des forces financières et religieuses qui, de fait, s’en prend directement à nos valeurs. Vis-à-vis de ces ennemis-là, qu’elle soit subie ou voulue, l’impuissance politique se fait le lit de plus cruelles défaites.

17-10-2020
Jean-Pierre Bigeault

Enfin !

La pensée critique – instrument fondamental d’une vraie démocratie – aura eu d’autant plus de mal à s’exprimer que la Peur, comme on l’a vu, a constitué l’arme officielle de cette « guerre », à laquelle, une fois de plus, nous n’étions pas préparés !

Après les alertes dispersées, cette pensée critique prend aujourd’hui des formes plus structurées, témoin le manifeste publié dans le journal Le Parisien du 10 septembre dernier.

On remarquera que les 35 cosignataires de ce texte : chercheurs, médecins et universitaires, viennent d’horizons différents. Ils couvrent ainsi le champ d’une réalité plus complexe que celle qu’ont pris en compte les différents « gestionnaires » de notre crise sanitaire.

A force de simplifier les situations humaines en les traitant, comme l’économie elle-même, en fonction de « résultats » qui en restreignent dramatiquement le sens, on passe à côté des valeurs que nous défendons collectivement :

Liberté, Egalité, Fraternité

Que faire ?

Prendre le gouvernement de vitesse en se retirant à la campagne dans un trou. Ou se glisser incognito dans la future flèche de Notre-Dame tel un rayon céleste et regarder de haut la situation.

Cette suggestion, adressée aux cadres par le Conseil de Résistance, tombe à point nommé. Comme dit le Premier Ministre, on n’est jamais trop prudent : savoir garder les distances n’interdit pas de penser. Si chacun se tenait à sa place, l’horizon finirait bien par se dégager. Miser sur les laboratoires pharmaceutiques, le numérique et les stupéfiants. La Bourse, c’est la vie !

Nous avons donc décidé de surseoir à la Révolution.

Nous allons manger des racines et boire l’eau des nuages. Faire simple. Revenir à la terrestre base et au ciel. Mâcher lentement et voler (de ses propres ailes façon auto entrepreneur).

Ce que nous préférons dans cette époque méticuleusement épique (lavage régulier des mains ou Pilatomanie), c’est l’humour politique : réussissez, bon dieu ! Montez les échelons de l’échelle sociale et, une fois là-haut, faites ruisseler charitablement vos excédents, et bonne nuit, les petits !

L’avantage de la vraie guerre sur la chasse aux virus, c’est que les bombes ne trompent pas leurs cibles. Aujourd’hui la grande bonté institutionnelle nous endort, chers enfants qu’on aime, n’en demandez pas davantage. Regarder la science : elle se débrouille !

Jean-Pierre Bigeault,
Le 14 juillet 2020