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Signes

Les signes religieux ne servent pas qu’à poser telle croyance comme une foi digne de ce nom. Ils utilisent la référence spirituelle au bénéfice supposé de l’identité d’un sujet ou/et d’une communauté. Cette instrumentalisation défensive, voire agressive, du spirituel, est dangereuse à plus d’un titre. Elle met en péril la paix d’une société. Mais peut-être surtout, dans une société éventuellement capable de préserver son unité, elle entretient des illusions qui ne font pas avancer l’homme dans la conscience de ce qu’il est.

Le sujet humain reste en effet tout aussi obscur à lui-même que Dieu au mystique. Qu’on se reporte plutôt à Shakespeare (« L’homme est une ombre qui marche ») ou à saint Jean de la Croix (« La Ténèbre divine ») ! Ni à cet égard l’appartenance à telle communauté, ni davantage la proximité d’un Dieu qui reste caché (Deus abscunditus) n’éclairent l’homme de cette lumière absolue dont il rêve et vis-à-vis de laquelle il n’est, comme d’ailleurs vis-à-vis de lui-même, qu’une étoile aux scintillements incertains. Quelque procès implicite ou explicite que les religions fassent à tel ou tel relativisme, il semble bien que la relation de l’homme postmoderne au spirituel tende à se dégager des manifestations tapageuses qui en ont surtout fait dans l’histoire un instrument de puissance. Les détenteurs pontifiants de la Vérité se déjugent un peu plus chaque jour devant la modestie de plus d’un savant.

Ainsi pourrait-on dire que les signes comme les connaissances elles-mêmes ne méritent pas la sacralisation plus ou moins superstitieuse (voire télécommandée) dont ils font l’objet, quand l’angoisse appelle au secours une foi bardée de ses drapeaux.

 

Jean-Pierre Bigeault, psychanalyste,
membre du Conseil Scientifique d’Orientation de l’EFPP
In Les Cahiers de l’EFPP – N°18 – p.22 – Automne 2013