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Honte Honte Honte

Honte honte honte

Quel monument devons-nous dresser

Pour dire aux Représentants du Peuple

A ses prétendues élites

Aux bricoleurs de la République

Aux apôtres du « sauve-qui-peut » chez soi

A ces marchands de peur

A ces fuyards :

Nous avons perdu la guerre

Encore une fois nous avons sacrifié notre âme

A la survie médiocre

A nos passions d’arrière-boutique

Aux fausses libertés

De la bonne et mauvaise fortune

Notre défaite annoncée.

Car dans nos hôpitaux débordés

Nous avons balancé « nos morts »

Par-dessus le bastingage du bateau

Où s’entassent nos valeurs

Et ces morts flottent devant nous

Soldats connus et méconnus

Miroirs de notre honte

Nous leur avons craché au visage.

Et en effet, qui peut admettre qu’au nom de la prétendue « protection sociale » (de quelle injustice s’agit-il donc enfin de nous protéger ?) on condamne des malades en fin de vie à mourir seuls, hors de la présence de ceux qu’ils aiment et qui les aiment – et qu’il en soit ainsi pour leur sépulture même ?

Ce scandale donne la mesure de la déshumanisation dont sont d’abord responsables nos représentants politiques et tous ceux qui se réclament dans notre pays d’une quelconque autorité morale. Le matérialisme béat des technocrates qui nous gouvernent, la misère philosophique du Conseil scientifique qui leur souffle les réponses à une situation qu’ils n’auront maîtrisée, ni techniquement, ni moralement, le repli sur soi, à la fois originaire et ordonné (par le Pouvoir) de trop de citoyens, ont livré notre âme collective au Mal que dénonçait en son temps l’Antigone de Sophocle.

Dans une Europe qui a connu cette déshumanisation absolue dont la « solution finale » aura été l’instrument concret et le symbole de portée universelle, la France, donneuse de leçons devant l’Eternel, s’est alignée – au prétexte de sauver son peuple (et pourquoi pas sa race ?) – sur l’administration et la gestion dont se réclamait en son temps un certain Eichmann qui, lui aussi, « faisait son devoir ». Quand le ver est dans le fruit, le pourrissement n’est pas loin !

Quant au « rattrapage « qu’offriraient des cérémonies et autres médailles (dédiées aux morts comme aux soignants) dont raffole le pouvoir de nos « petits maîtres », il ne fait qu’occulter le sens des « devoirs les plus élémentaires » en les rapetissant à l’aune de leur vision de l’Homme.

Qu’on se le dise en effet, nos morts – ni d’ailleurs nous-mêmes – ne sont pas des choses !

Qui donc nous rendra à la fois ce que nous sommes et ce que nous voulons être ?

Jean-Pierre Bigeault,
Le 27 mai 2020